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30 mars 2026

Contrats de sous-traitance : 5 éléments à considérer

Auteur : Eve Jacob-Tremblay
Eve Jacob-Tremblay
Eve Jacob-Tremblay

En construction, les ententes sont souvent conclues rapidement, parfois même verbalement, afin de ne pas retarder le chantier. Pourtant, mettre les intentions des parties par écrit demeure essentiel.

L’écrit reste le moyen le plus sûr de clarifier les conditions d’exécution des travaux de sous-traitance, ainsi que les obligations respectives des parties.

Dans ce contexte, le contrat de sous-traitance constitue l’outil privilégié pour formaliser ces ententes et encadrer les relations entre les intervenants sur un chantier. En pratique, ce sont ces éléments qui feront la différence en cas de travaux supplémentaires, de dépassements de coûts ou de litiges.

Voici donc cinq éléments essentiels à vérifier avant de signer un contrat de sous-traitance.

1. Utiliser le bon contrat et la bonne version

D’abord, il est essentiel de s’assurer d’utiliser le bon contrat et le bon type de contrat. Tous les modèles ne sont pas équivalents et ne répartissent pas les risques de la même manière. Il importe donc de sélectionner le type de contrat approprié qu’il s’agisse d’un contrat à forfait, d’un contrat à coûts majorés (« cost-plus ») ou d’un contrat sur estimation, en fonction des besoins du projet et de ceux du client. Chacun comporte ses propres implications en cas de dépassement de coûts, de conditions imprévues ou de modifications en cours de projet.

En pratique, de nombreux contrats circulent de manière informelle ou sont trouvés en ligne sans validation. Or, certains de ces modèles n’ont pas été adaptés au droit québécois ou ont été modifiés, parfois de façon incomplète, ce qui peut entraîner des conséquences importantes.

Plusieurs associations et organismes de l’industrie mettent à la disposition de leurs membres des modèles de contrats conçus pour encadrer adéquatement les projets. Ces contrats types sont protégés par des droits de propriété intellectuelle et il est important de se procurer une version officielle et à jour, en acquittant les frais requis auprès de l’organisme qui l’a développée. Cela permet non seulement de s’assurer de la conformité du contrat, mais aussi de bénéficier d’un outil fiable et complet, conçu pour le contexte québécois.

2. Lire tous les documents et les clauses importantes

Ensuite, il est fondamental de lire tous les documents auxquels le contrat réfère. Un contrat de sous-traitance ne se limite pas toujours au document signé. Il incorpore souvent les plans et devis, les documents d’appel d’offres ainsi que certaines clauses du contrat principal conclu entre le donneur d’ouvrage et l’entrepreneur général.

Ces documents font partie intégrante du contrat et peuvent contenir des obligations importantes, notamment en matière de délais, de paiement et de responsabilités.

Cette lecture complète est d’autant plus importante que certains documents peuvent avoir un impact direct sur les recours disponibles. Par exemple, certaines clauses peuvent limiter l’exercice de l’hypothèque légale de la construction, de sorte qu’une lecture incomplète peut entraîner, sans que l’entrepreneur en soit conscient, la perte d’un droit pourtant essentiel pour garantir le paiement des travaux.

3. Bien définir la portée des travaux

La portée des travaux constitue l’un des éléments les plus importants du contrat, et il est primordial de bien établir les attentes de chacun dès le départ. Elle doit être définie de façon claire et précise, en tenant compte notamment des plans et devis, des inclusions et exclusions, ainsi que des responsabilités respectives des intervenants sur le chantier.

Par exemple, dans un contrat à forfait, tout ce qui n’est pas clairement exclu risque d’être considéré comme inclus. Une description imprécise peut donc entraîner des désaccords, des travaux supplémentaires non payés et des pertes financières importantes.

Plusieurs litiges trouvent leur origine non pas dans l’exécution des travaux, mais dans une mauvaise compréhension initiale de ce qui devait être réalisé. Il est donc crucial de bien cerner l’étendue des obligations dès le départ.

4. Encadrer les extras et documenter chaque changement

Les changements en cours de chantier sont fréquents. Encore faut-il qu’ils soient bien encadrés. Le contrat prévoit généralement une procédure précise pour les travaux supplémentaires comme la nécessité d’obtenir une autorisation préalable, un ordre de changement écrit et une approbation du prix ou de la méthode de calcul. Ces exigences ne sont pas de simples formalités, elles conditionnent souvent le droit d’être payé.

En pratique, plusieurs sous-traitants exécutent des travaux supplémentaires à la suite d’une discussion verbale en cours de chantier dans l’espoir d’être payés par la suite. Or, en l’absence de respect des mécanismes contractuels, ces réclamations peuvent être rejetées, même lorsque les travaux ont été réellement effectués.

Il est donc essentiel de vérifier, dès la signature du contrat, comment les extras doivent être autorisés et documentés, de refuser d’exécuter des travaux supplémentaires sans approbation conforme au contrat et de conserver une trace écrite systématique de toute modification aux travaux convenus au départ.

Un contrat bien compris et bien appliqué demeure la meilleure protection pour s’assurer que chaque travail exécuté sera effectivement payé.

5. Prendre les délais, les paiements et les garanties au sérieux

Enfin, les clauses relatives aux délais, aux paiements et aux garanties doivent être prises très au sérieux. Les pénalités de retard, notamment, sont appliquées de façon stricte. En matière de construction, le respect des délais constitue une obligation importante, de sorte qu’un simple retard peut entraîner des conséquences financières pour le sous-traitant, même en l’absence de faute.

Les modalités de paiement méritent également une attention particulière, notamment lorsque le contrat prévoit des mécanismes pouvant retarder les encaissements. De plus, plusieurs contrats imposent des délais stricts pour transmettre des avis ou formuler des réclamations, et le non-respect de ces délais peut entraîner la perte de droits, même si la réclamation est autrement justifiée.

Dans le même esprit, il est important de porter une attention particulière aux clauses relatives aux défectuosités et aux vices. Certains contrats prévoient des délais et des modalités précises pour les dénoncer. Le non-respect de ces exigences peut compliquer l’exercice de certains recours ou en limiter la portée.

Conclusion

Les contrats de sous-traitance ne doivent jamais être abordés comme de simples formalités administratives. Ils encadrent concrètement la répartition des risques, les obligations des parties et les conditions de paiement sur un chantier.

Dans un contexte où les imprévus sont fréquents et les marges souvent serrées, une lecture rapide ou une mauvaise compréhension du contrat peut entraîner des conséquences financières importantes, voire la perte de recours essentiels.

Adopter de bons réflexes dès le départ, choisir le bon contrat, lire l’ensemble des documents, bien définir la portée des travaux et respecter les mécanismes prévus permet d’éviter une grande partie des litiges.

Au final, prendre le temps de lire et de comprendre son contrat n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

 

 

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